L’histoire

Janine NESSLER (née Janine NETZLER) voit le jour en août 1925 à Mantes-la-Ville, alors petite commune du département de Seine-et-Oise (aujourd’hui Yvelines). Elle grandit à Paris, dans le XVIIᵉ arrondissement, où s’éveillent très tôt sa curiosité et son sens artistique.

Sa mère, issue d’un milieu rural français, lui transmet la rigueur du travail bien fait. Son père, avocat juif roumain francophone, a fui les pogroms de son pays pour trouver refuge dans la patrie des « droits de l’Homme ». Attentif à la passion précoce de sa fille pour le dessin et la couleur, il lui offre alors son premier « nécessaire d’artiste » : un geste simple, mais fondateur.

Mariage de Janine Nessler et Roger Azoulai, en 1951.
Avec son mari et sa fille, au milieu des années 1950.
Janine Nessler entourée de sa grand-mère,
de sa mère, de sa fille et de sa petite-fille.

Au début des années 1930, lors de vacances familiales en Bretagne, la jeune Janine rencontre Luce Paris Hilsum, artiste peintre, qui deviendra sa « marraine de cœur » et l’encouragera durablement dans son cheminement créatif.

La guerre bouleverse cet équilibre. Les lois antisémites et les dénonciations qui se multiplient contraignent la famille à quitter Paris pour Nice, où Janine poursuit néanmoins ses études et obtient son premier baccalauréat. Son père meurt tragiquement peu avant l’invasion de la zone libre. En 1942, la famille échappe de justesse aux rafles d’août, trouvant refuge à Oloron-Sainte-Marie. Munie de faux certificats de baptême, elle rejoint ensuite Paris. À dix-neuf ans, Janine assiste à la Libération de Paris et s’engage bénévolement à l’hôtel Lutetia, alors transformé en centre d’accueil pour les rescapés des camps nazis.

Dès la fin de la guerre, elle s’inscrit dans plusieurs ateliers parisiens de renom – La Grande Chaumière, Julian, André Lhote, Fernand Léger – puis intègre en 1945 l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, dans l’atelier de Narbonne, où elle croise notamment Bernard Buffet, admis l’année suivante.

Elle développe alors un style personnel, nourri de ses apprentissages et d’une profonde exigence intérieure.

Après avoir réalisé des batiks pour un grand créateur de tissus alsacien et peint les ouvriers d’une usine sidérurgique lors d’une résidence dans le Nord, elle retourne à Paris. C’est là qu’elle rencontre Roger Azoulai, ingénieur d’origine égyptienne, qu’elle épousera. Ensemble, ils auront une fille, Nadine.

À la fin des années 1950, la famille s’installe à deux pas du Jardin des Tuileries, où Janine aménage un atelier lumineux propice à la création. En 1967, elle partage cet espace avec le peintre et graveur grec Babis Retzepopoulos, réfugié politique, qui lui transmet la technique de la gravure.

Ses séjours en Corse, au Maghreb, en Grèce, puis, à partir de 1972, dans la maison familiale de La Cadière-d’Azur, nourrissent son œuvre d’une diversité de paysages, de visages et de lumières.

Tout au long de sa carrière, Janine Nessler participe à de nombreux salons – Salon National des Beaux-Arts, Salon des Indépendants, Salon des Artistes Français, Salon des Femmes Peintres, Salon d’Automne (dont elle sera sociétaire), Salon Populiste, Salon Comparaisons…

Elle expose dans de nombreuses galeries à Paris, Lisbonne et New York ; ses œuvres rejoignent des collections privées en France, au Japon, aux États-Unis, en Suisse et en Belgique.

Lauréate du Prix Fénéon, du Prix du Portrait et du Prix Kahnweiler, elle reçoit plusieurs commandes publiques du ministère de la Culture et du Centre d’Information civique.

Après le décès de son époux en 1992, elle quitte Paris pour s’installer définitivement à Saint-Cyr-sur-Mer, dans le Var. Là, elle se consacre pleinement à son art, approfondissant sa quête d’une peinture libérée de toute influence, cherchant à atteindre une vérité intérieure, une beauté « au-delà de la peinture elle-même ».

Janine Nessler s’est éteinte centenaire, en avril 2026, au crépuscule d’une vie de création, fidèle jusqu’au bout à sa recherche d’un accomplissement artistique, dans une peinture devenue langage de lumière et d’émotion.